Interprètes : Jean-Christophe Maurice (baryton-basse) et l’Ensemble Instrumental Provence-Verdon (Bernard Mauppin et Joëlle Mauppin, violons ; Stéphanie Bayle Perin, alto ; Florian Laforge, violoncelle ; Daniel Paloyan, clarinette).

Une fois de plus, la salle de concert historique et enchanteresse de l’église de Sant Martí d’Empúries était comble pour une soirée qui promettait de vives émotions. Et le résultat n’aurait pas pu être plus retentissant : un succès retentissant tant auprès du public que de la critique, lors de l’un des temps forts de cette édition du Festival L’Escala-Empúries Classics, fidèlement organisé par l’Association culturelle Pau Casals.

S’attaquer au Winterreise (Voyage d’hiver) de Franz Schubert en plein mois d’août constitue un défi artistique de taille. Ce cycle de 24 lieder, inspiré des poèmes de Wilhelm Müller, est l’apogée du romantisme allemand : l’histoire d’un vagabond solitaire qui erre sans but après une déception amoureuse, sombrant dans une spirale de désolation, de souvenirs et de mélancolie. Cependant, la chaleur de la nuit de l’Empordà s’est figée, au sens figuré, dès les premières notes de « Gute Nacht » (« Bonne nuit »).

Le principal attrait du concert résidait dans cette version originale et réussie, adaptée pour baryton-basse, quatuor à cordes et clarinette, un arrangement que le groupe a lui-même enregistré en 2023. Le remplacement du piano d’origine par un ensemble de chambre confère à l’œuvre une palette de timbres d’une richesse extraordinaire. La clarinette de Daniel Paloyan apportait un souffle chaleureux, presque humain, dans les moments les plus intimes, tandis que les cordes de l’Ensemble Instrumental Provence-Verdon (Bernard et Joëlle Mauppin, Stéphanie Bayle Perin et Florian Laforge) créaient habilement des textures enveloppantes, du vent glacial de Die Wetterfahne à la cadence hypnotique de Der Leiermann.

Au premier plan de l’œuvre, le baryton-basse français Jean-Christophe Maurice a livré une véritable leçon de maître en matière d’interprétation. Formé par des légendes du chant telles que Hans Hotter et Elisabeth Schwarzkopf, Jean-Christophe Maurice a fait preuve non seulement d’une maîtrise technique irréprochable et d’une projection vocale solide, mais aussi d’une expressivité dramatique saisissante. Chaque mot, chaque nuance et chaque silence traduisaient la tragédie du vagabond. Sa transition entre la tendresse nostalgique de Der Lindenbaum (« Le tilleul ») et la folie contenue de Mut ! ou encore le désarroi final face au vieux musicien de rue, ont plongé l’auditoire dans un silence émerveillé.

L’acoustique de la nef de Sant Martí d’Empúries a offert un cadre idéal à ce concert, restituant le son avec une clarté qui a enchanté le public. À la fin du dernier lied, le public a éclaté en une longue et chaleureuse ovation, rendant hommage à la maîtrise des musiciens provençaux et à l’excellence constante de la programmation de l’association.

L’Association culturelle Pau Casals a une nouvelle fois démontré son rôle fondamental dans la vie culturelle de la région, consolidant ainsi la place du Festival Clàssics comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de grande musique de chambre. Une soirée magistrale qui restera gravée dans la mémoire des personnes présentes.


ARTICLE DE LA REVUE “GRYSELIENS” DE L’AUTOMNE 2025

Photos de Odile Sogno

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